
L'équipe au complet (de gauche à droite): Romain Mary, moi, Jérémy Dérangère, Nicolas Belot, Olivier Grammaire et Martial Locatelli.
Que d'émotions encore ce week-end ! Quand nous sommes dans une spirale du succès comme c'est le cas en ce moment, la confiance est un atout en plus dans la quête de la victoire. Et ce fut une fois de plus le cas au tour de Franche-Comté, avec une nouvelle ligne au palmarès de notre leader, Jérémy Dérangère (dit DD). Mais avant d'arriver à cet heureux dénouement, il a fallu à l'équipe bien batailler durant les cinq étapes sur quatre jours.
DD a construit sa victoire dès le premier jour. Ce premier jour est souvent celui qui dessine le classement général final d'une course à étape. Surtout dans un tour comme le Franche-Comté, où la première étape est loin d'être une mise en route en douceur. Nous avions donc comme consignes d'être le plus vigilant possible afin de ne louper aucune échappée. De plus, des bonifications (trois sprints) étaient distribuées en cours de route, s'ajoutant à celles de l'arrivée. À ce jeu-là, DD annonçait ses ambitions en enlevant le premier sprint, alors que le peloton était encore au complet. Ensuite, le parcours se montrait plus accidenté, et nous étions une vingtaine à sentir le bon coup sur des routes « toboggan » étroites. Je me retrouvais avec DD, pour le compte du SCO Dijon Team Lapierre, au sein de ce qui allait être la bonne. Nous arrivions dans cette configuration au deuxième sprint bonif', que DD enlevait une nouvelle fois. Six secondes dans la besace, c'est toujours ça de gagné. Pour le troisième sprint, situé à quinze kilomètres de l'arrivée, nous convenions avec DD que j'anticipe le sprint aux 800m, plutôt que de l'emmener. Ça a marché à merveille. Je prenais les trois secondes de bonif' alors que DD prenait la deuxième place. J'en profitais pour prolonger mon effort, mais le reste de l'échappée était vigilant si près de l'arrivée. Après m'être fait reprendre, plusieurs coureurs contraient. DD se retrouvait alors face à six adversaires pour se disputer la victoire. Derrière, je sautais sur tout ce qui bougeait pour favoriser leur fuite. J'avais confiance en sa pointe de vitesse, mais je neutralisais surtout de sérieux clients pour la victoire finale. DD, sur un nuage, franchissait la ligne en vainqueur, engrangeant du même coup de nouvelles bonif'. Je prenais la 13e place, mon groupe arrivant avec une quarantaine de secondes. Mais avec le jeu des bonifications, j'étais pointé à la 9e place au classement général. Sauf coup de trafalgar, la victoire finale allait donc se jouer entre les vingt premiers du classement, le peloton déboursant plus de deux minutes.
Le deuxième jour était consacré aux deux demi-étapes, habituelles maintenant dans une course de ce type. Ce n'est vraiment pas ce que j'affectionne le plus. Je préfère faire 160 kilomètre en une seule fois plutôt que de faire deux étapes de 100 et 60 kilomètres comme il était prévu. Surtout quand on a un maillot à défendre. La course est plus nerveuse, ça roule vite, et il est donc plus difficile de la contrôler. Malgré de nombreuses tentatives d'échappée de nos adversaires et une allure très rapide (45,5 de moyenne) vu le relief accidenté, nous arrivions quand même à contrôler la course, DD prenant même quelques bonif' en cours de route. En fait, nous sautions chacun notre tour dans les échappées, ne roulant en tête de peloton que lorsqu'une échappée était trop dangereuse du fait de la présence d'un homme placé au classement général. L'arrivée allait en fait se jouer au sprint le matin. Les hommes de l'équipe du Val d'Oise pensaient emmener Stéphane Barthe dans un fauteuil, mais c'était sans compter sur nos qualités de trublions. J'attaquais à trois kilomètres de l'arrivée. Je voyais revenir le peloton 1,5 kilomètres plus loin, et c'était au tour de Nicolas Belot de contrer. Malheureusement, le « gamin » échouait à 300 mètres de la ligne. Mais c'était sans compter sur le troisième étage de notre fusée. DD remportait le sprint massif, le maillot jaune sur le dos. La classe ! Il prolongeait l'euphorie. Deux victoires en deux étapes, nous avions déjà réussi notre course. Personnellement, je remontais d'une place au général (8e) du fait de ma 16e place, meilleure qu'un adversaire placé dans le même temps.
L'après-midi était une autre histoire, avec un parcours plus court, certes, mais plus difficile. L'allure était encore très rapide dès le départ, nos adversaires continuant leur entreprise de « harcèlement ». Mais après quelques minutes, une échappée peu dangereuse prenait le large, calmant les ardeurs des attaquants. Cela permettait à l'équipe de contrôler les fuyards à distance sur un tempo choisi. Martial Locatelli, Romain Mary, Olivier Grammaire et Nicolas Belot effectuaient ainsi un gros travail en tête de peloton. Le final étant corsé avec une longue bosse à une dizaine de bornes de l'arrivée, j'étais préservé en début d'étape afin d'aider au maximum DD dans les portions les plus difficiles, mais aussi tenter ma chance si j'en avais l'opportunité. Après un gros travail de l'équipe pour rejoindre les échappées et inhiber les attaques dans l'ascension, nous nous dirigions tout droit vers un nouveau sprint massif. Seulement, trois coureurs prenaient la foudre d'escampette à trois kilomètres de la ligne et allaient résister jusqu'au bout (victoire de Rémy Pauriol). DD réglant le sprint du peloton pour la 4e place en venant mourir dans leurs roues. Dommage, mais nous ne pouvons pas gagner à chaque fois. Pour ma part, je prenais la 14e place, mais redescendais à la 9e place du général, le vainqueur du jour me repassant devant.
Après avoir construit sa victoire le premier jour, DD a assis sa supériorité lors de la quatrième étape. Récit. Après encore un énorme boulot de nos chefs de file en début d'étape, j'entrais en action au km65 dans la bosse de Morteau. J'essayais d'imprimer un rythme assez soutenu pour ne pas être exposé aux attaques. Sur les fauxplats qui suivaient, j'accompagnais une attaque et nous nous retrouvions à une dizaine de coureurs à l'avant. Bien sûr, je n'avais pas à rouler et je restais en queue de groupe afin de défendre le maillot de mon leader. Seulement, je n'étais pas le mieux placé au général, Jérôme Royer me précédant au classement. L'équipe étant piégée, il y avait, comment dire, le feu dans la maison. Martial, Olivier, Romain et Nicolas se mettaient à la planche afin de réduire l'écart de vingt secondes, tout du moins de le maintenir. Car un grimpeur se profilait à l'horizon, DD projetant de boucher le trou lors de l'ascension. Le groupe de tête explosait dans la bosse en même temps que DD colmatait la brèche et que notre adversaire perturbateur, Jérôme Royer, était victime d'une crevaison. Le feu était éteint ! Juste après le sommet, six coureurs de l'échappée insistaient quand même. Je les suivais encore afin de continuer mon travail de sape. Cette fois-ci, j'étais le mieux placé au général, bénéficiant ainsi pendant une quarantaine de bornes de l'éphémère statut de leader virtuel. En quelques instants, l'avantage avait changé de camp. Nous étions à présent en position de force. Moi à l'avant ne passant pas de relais et le mieux placé au général, alors que mes équipiers n'avaient plus le poids de la course à l'arrière. On pouvait un peu souffler ! C'est l'équipe de Saint-Étienne, piégée, qui faisait l'effort afin de revenir sur nous dans le final. Les attaques allaient ensuite se succéder avant de voir sortir un groupe d'une vingtaine de coureurs à 25 kilomètres de l'arrivée. J'étais encore de la partie. Nous retrouvions encore les sept premiers du classement général, alors que plusieurs coureurs classés dans le même temps que moi étaient piégés. Moins de « lascars » à contrôler, ce n'était pas plus mal pour la suite. Dans les derniers kilomètres, alors que les attaques fusaient, Ravaleu et Barthe faisaient le forcing et s'octroyaient quelques longueurs d'avance. Ne pouvant faire l'effort, je voyais DD entrer lui-même en action sur la droite de la chaussée alors que tout le monde était à bloc. Suivi d'un coureur de Nantes, J. Dayus, il rentrait sur les deux fuyards et commençait son récital. C'est à ce moment, qu'il a cassé le moral de ses adversaires et qu'il a réellement conforté sa victoire finale. Après une poursuite acharnée sans résultat de ses plus sérieux adversaires « directs », DD passait d'un souffle à côté de la victoire jugée au sommet d'une bosse de 600m, Barthe venant le « sauter sur la ligne ». Satisfait du travail accompli, je prenais une bonne 9e place, la même que ma position au général. DD avait fait le break, le deuxième au général, R. Mandri, étant alors pointé à 50 secondes avant l'ultime étape. Une certaine marge de sécurité, mais rien n'était joué.
Gâtés au niveau du temps depuis le début de ce tour de Franche-Comté, la dernière étape était quant à elle prévue sous la pluie. Ça pouvait changer la donne, les organismes réagissant plus ou moins bien aux mauvaises conditions atmosphériques. Le début de course était cependant réalisé sur le sec alors que les attaques débutaient dès le baisser de drapeau. L'équipe reprenait sa tactique de contrôle de la course, mais personne ne parvenait à se détacher avant la plus grosse difficulté du jour, un col de sept kilomètres intervenant après seulement une quinzaine de bornes. Je redoutais cette ascension qui intervenait rapidement dans l'étape. L'allure était très rapide et je devais beaucoup m'employer pour aider Nicolas Belot à contrôler les attaques. Sept coureurs non dangereux pour le général parvenaient tout de même à se détacher et basculaient avec une trentaine de secondes au sommet. Ouf ! ce secteur dangereux pour nous était passé. Ça avait fait pas mal de dégâts. Martial et Romain ayant lâché prise, Olivier gérait un tempo en tête de peloton afin qu'ils puissent rapidement recoller. Encore loin de l'arrivée, nous avions besoin de leur présence pour le reste de l'étape. Restons groupés ! Bien sûr, lorsque toute l'équipe était enfin en état de rouler, l'écart avait pris de l'ampleur (1 minute 45), mais l'étape était encore longue. Le reste de l'étape était vallonné, mais cela n'empêchait pas Romain, Olivier et Martial de gérer l'avance des fuyards avec une grande maîtrise. Un coureur de l'équipe du Val d'Oise les aidait dans cette tâche, cette formation étant intéressée par la victoire d'étape pour Ravaleu et par le maintien de Barthe à la troisième place du général. Pourtant, trois neutralisations pour cause d'erreurs de parcours des échappées ne pouvaient que perturber leur chasse. L'écart diminuait cependant au fur et à mesure que nous nous rapprochions du dénouement final. À une trentaine de bornes de l'arrivée, une « belle » bosse faisait exploser le groupe d'échappée, alors que les leaders des autres équipes tentaient leur va tout à l'arrière. Gêné au pied de la bosse pas un coureur victime d'un saut de chaîne, je parvenais quand même à remonter le peloton pour sauter dans les coups sur les faux plats suivant le sommet. Je reprenais mon travail d'équipier. Cependant, afin de laisser souffler un peu mes équipiers, je tentais ma chance en attaquant un peu plus loin. M. Gourov et D. Pagnier s'étant détachés à l'avant, je revenais sur le reste de l'échappée. Seulement, étant dangereux au général et les oreillettes marchant « merveilleusement » bien, personne ne voulait favoriser ma fuite. Le peloton revenait donc, mais j'espérais au moins avoir un peu affoler les autres équipes. Les équipes intéressées par la victoire d'étape étaient maintenant à l'œuvre, mais les deux fuyard résistaient bien. Pour ma part, je surveillais les quatre coureurs qui me suivaient au général dans un « mouchoir de poche » afin qu'ils ne me reprennent pas de temps, l'arrivée étant située au sommet d'une difficile bosse d'1,5 kilomètres. Je tâchais donc à bien me placer au pied en jouant un peu des coudes. La nervosité du final de course se faisait sentir et ça frottait pas mal. Beaucoup de coureurs rétrogradaient en début d'ascension sous l'effet de l'allure rapide. Nicolas tentait sa chance à 500m de la ligne afin de revenir sur les deux hommes en point de mire. Trop loin malheureusement. Il se faisait déborder à 100m de la ligne, dans la partie la plus raide. Les échappées conservaient leurs deux premières places (1er Gourov, 2e Pagnier) alors que DD prenait la troisième place sur leurs talons. Personnellement, je prenais la 14e place de l'étape alors que je restais à ma 9e place au général. Victime d'une cassure, Jérôme Rouyer perdait 14 secondes et j'étais à trois secondes de lui prendre sa 8e place. Dommage ! Nico prenait lui la 24e place de l'étape.
Ce tour de Franche-Comté, que je découvrais, restera pour moi une très bonne expérience. Malgré quelques regrets que je garde pour moi, je suis satisfait d'avoir montré ma vraie valeur tout en travaillant pour DD. Cette course m'aura vraiment marquée, pas seulement par notre réussite, mais aussi par l'engouement de l'équipe à aller de l'avant, notre mentalité et notre force de caractère à faire la course. Il règne vraiment une superbe osmose entre nous qui nous permet, à la fois de nous comprendre en course d'un seul coup d'œil, mais aussi de nous mettre au service du plus fort du moment sans arrière-pensée et en donnant tout. J'adore cette équipe et il est difficile de la quitter le dimanche soir après avoir vécu tant d'émotions. Cette équipe est unique et je suis fier d'en faire partie.
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