
Préparation avant d'affronter les intempéries. Romain Mary, Martial Locatelli, Olivier Grammaire et la tête de Jérémy Dérangère.
Quel week-end ! Je n'avais jamais connu ça auparavant. Un déluge pendant trois jours. Voilà en gros à quoi se résume le tour du nord Isère. Des trombes d'eau ininterrompues et même de la neige, traduisant le froid qui sévissait sur cette région de France. Voilà pour la partie météo.
Au plan sportif, cette première course à étape de la saison pour le club se découpait en quatre épisodes sur trois jours, le samedi étant consacré aux deux tronçons, peu appréciés à titre personnel. Cela nous laissait donc peu de récupération, sachant que l'entrée en matière n'était prévue qu'en fin d'après-midi le vendredi.
En effet, le départ de la première étape était donné à 15h30 pour 135km sous la pluie. Inutile de vous rappeler la météo par la suite : encore et toujours de la grosse humidité ! La route glissante rendait encore plus tendu le début de course. Nous allions être rapidement dans le vif du sujet avec des difficultés rapidement abordées. Nos consignes étaient d'être représenté dans toutes les échappées qui pouvaient se dessiner. Nous ne changions pas vraiment nos habitudes en fin de compte. En même temps, c'est plus facile à dire qu'à faire fasse à des équipes continentales et continentales professionnelles (Agritubel, Ag2r, Ragt et d'autres étrangères) qui, sur le papier, sont plus expérimentées et supérieures à nous. L'équipe était omniprésente et, personnellement, je ressentais de bonnes sensations. Je me lançais donc dans une première échappée en compagnie d'Olivier Nari. Après quelques kilomètres, une descente technique était empruntée avant d'aborder une bosse non répertoriée. Me débrouillant bien en descente, encore plus sur le mouillé, je me détachais seul et abordait le pied de la difficulté en tête. Je gérais mon ascension et voyais revenir sur moi une cassure où nous comptions quatre coureurs. Je pensais que c'était bien embarqué, mais nous n'avions pas encore effectué le quart de la distance et des équipes piégées colmataient la brèche rapidement. Juste après le regroupement, et alors que nous étions sur une route sinueuse et vallonnée, Olivier Grammaire de chez nous prolongeait une attaque de M. Astarloza d'Ag2r. Ces deux-là sortaient à la faveur d'une bosse alors qu'une bonne partie du peloton avait besoin de souffler. Ils étaient donc partis ensemble pour un bon bout de chemin. Quelques équipes maintenaient un écart raisonnable avec les fuyards, Agritubel et Ragt étant les plus entreprenants. Mais les routes très vallonnées du coin ne permettaient pas une chasse efficace et c'est plutôt une succession d'accélération provoquée par de multiples attaques qui acheva le raid des deux compères. Les contres se succédaient, et par deux fois, je me retrouvais devant. La deuxième tentative me permettait d'aborder le deuxième grimpeur au sein d'un groupe de sept, et je marquais quelques points en prenant la troisième place. Malheureusement, une nouvelle cassure fondait sur nous après la difficulté et tout restait donc à refaire, même si une bonne partie du peloton était piégée et voyait ses chances de bien figurer au général anéanti. En effet, nous n'étions plus qu'une cinquantaine quand je tentais une nouvelle fois ma chance à une trentaine de kilomètres de l'arrivée. Ma tentative échouait, mais permettait à Jérémy Dérangère de contrer, entraînant dans son sillage cinq autres coureurs. Après une chasse acharnée des équipes professionnelles françaises piégées, les échappées arrivaient à conserver trente secondes sur la ligne pour se disputer la victoire. Jérémy terminait 4e et se plaçait ainsi parfaitement pour le classement général final. Derrière, je tentais de faire le sprint, mais ne franchissais la ligne qu'en 16e position alors qu'Olivier Nari se hissait à une belle 11e place. Olivier Grammaire, avec son fructueux raide en points et secondes des différents classements, était classé 7e au général et cumulait les maillots de meilleur grimpeur et des points chauds. Une bonne journée en définitive. Martial Locatelli terminait également au sein du peloton alors que notre sprinteur et deuxième chef de file, Romain Mary, était malheureusement piégé dans le deuxième peloton, frigorifié. Nous l'étions tous, mais nous ne savions pas encore ce qui allait nous attendre les deux jours suivant
Le lendemain, après de multiples réunions des organisateurs avec les directeurs sportifs et les commissaires de l'UCI, les demi-étapes étaient raccourcies pour cause de neige. Celle du matin se courait sur 45km, mais en évitant les grimpeurs prévus pour cause de neige. En effet, en effectuant le début du parcours en convoi, nous observions que la route était limite praticable à certains endroits. Malgré le froid et la pluie, j'essayais de me glisser dans quelques échappées ou de créer la bonne. À défaut de réussir, cela permettait de me réchauffer un peu. En même, il n'était vraiment pas évident de faire des efforts avec la « bâche » (l'imperméable). Dans les roues, ça allait, mais dès que je voulais faire un effort, j'avais l'impression de ne pas respirer. Une vraie cocotte-minute. Et je ne vous parle pas de la prise au vent. Le Cx en prend un coup. Au final, l'étape se jouait au sprint sur une route tortueuse, le plus kamikaze étant Stéphane Cougé du VC Rouen. Romain Mary était enfermé au dernier rond-point et ne pouvait pleinement jouer sa chance. Il se classait 13e, loin de sa réelle valeur.
Comme je vous le disais un peu plus haut, demi-étapes ne sont pas trop ma tasse de thé, surtout quand il faut repartir l'après-midi alors qu'on vient à peine de se réchauffer du matin.
Une nouvelle fois, la troisième étape était amputée pour compter 55km. Vu la neige tombant sur le parcours initialement prévu, l'organisateur avait rapidement mis en place un circuit d'une dizaine de kilomètres avec une légère bosse à effectuer à quatre reprises avant de revenir vers l'arrivée jugée en haut d'une bosse de 400m. Pas assez couvert, j'étais congelé dès le début de course et ces 55km me paressaient une éternité. Malgré de multiples tentatives, l'arrivée était abordée groupée, mais les routes sinueuses des cinq derniers kilomètres avaient bien étiré le peloton. Pas assez bien placé à la borne et avant d'aborder la bosse, je restais planté dans celle-ci, mes muscles ne répondant pas avec le froid. À l'avant, je voyais Jérémy déboucher en force à 200m de la ligne pour s'imposer. J'avais bien vu, à la façon dont il avait remonté le peloton dans la bosse du dernier tour, qu'il avait la socquette légère. C'est une bien belle satisfaction pour l'équipe. Surtout que ça lui permet de remonter à la deuxième place du général, des bonifications étant attribuées à chaque arrivée aux trois premiers. Personnellement, mon étape était soldée par une déception. Scotché dans la bosse d'arrivée, je ne pouvais boucher une cassure de deux mètres laissée par un coureur. Résultat, je me prends 23 secondes dans la vue, ce qui me relègue à la 32e place au général, alors que sans ce débours, j'étais 7e au général. Rageant !
La dernière étape était encore une fois compromise, la météo ne s'étant pas améliorée durant la nuit. De plus, notre incursion prévue sur les premiers contreforts des Alpes ne nous assurait pas une pratique cycliste dans de bonnes conditions. Pour le ski de fond, ça aurait été nickel !
Nous apprenions donc dans la matinée que l'étape serait courue sur 140km au lieu des 180 prévus, le parcours se résumant à une boucle de 36km environ à effectuer trois fois, avant de finir sur un circuit urbain à parcourir à plusieurs reprises. L'étape s'annonçait longue et je ne faisais la même erreur que la veille : je n'oubliais pas de mettre mon imperméable. Le début de course était secoué pas différentes attaques, vite réprimées par l'équipe du leader qui ne laissait aucun bon de sortie. Notre consigne était d'épauler au maximum Jérémy, prévoyant aussi de l'emmener pour les sprints bonifications si la configuration de la course le permettait. Malheureusement, ce n'était pas le cas, et la course se jouait dans la dernière ascension de la principale bosse du circuit. Deux kilomètres où la sélection se faisait principalement par l'arrière, le froid et la pluie faisant également leur effet. Nous n'étions plus qu'une quarantaine après avoir basculé, mais sept coureurs, dont certains placés au général avaient réussi à déjouer la vigilance de l'équipe du leader. Cette équipe danoise avaient beaucoup donné et plus qu'un seul grégario épaulait à présent le porteur du maillot jaune. Jérémy se sentant moyen, il n'avait pas pu accompagner les attaquants et hésitait à nous faire rouler, moi, Olivier Nari et Olivier Grammaire. Avec un peu de retard, nous tentions de colmater la brèche afin de lui préserver une bonne place au général, mais aussi défendre notre première place au classement par équipe. Le circuit urbain final ne favorisait pas notre poursuite menée en collaboration avec d'autres équipes piégées, et c'est avec regret que nous franchissions la ligne trente secondes après le vainqueur de l'étape.
En fin de compte, Jérémy descendait à la 5e place du général, Olivier G. prenait la 11e place en plus de sa victoire au classement du meilleur grimpeur, Olivier N. la 24e et moi la 28e. Nous n'avions rien à regretter, ayant tout donné dans ces conditions apocalyptiques. Le plus rageant étant peut être notre détrônement de la première place du classement par équipe pour seulement deux secondes. À charge de revanche, mais finir derrière Agritubel et devant Ag2r n'est pas un déshonneur.
C'est la première fois que je rencontre des conditions pareilles pour courir trois jours de suite. Espérons que ça nous ne laissera pas trop de traces pour nos prochaines courses, le ruban granitier breton étant prévue dans une semaine à mon calendrier.
En tout cas, je voudrais dire un grand merci à Mathieu, notre masseur, Yves, notre mécano et Romuald, notre DS laveur de linge, qui faisaient leur course après l'étape pour nous remettre, ainsi que nos vélos, en état pour le lendemain. Un grand coup de chapeau à eux pour nous avoir mis dans les meilleures conditions, car eux aussi avaient peu de récup' !
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