
Jean-Christophe Peraud a construit son succès sur ce sprint à l'endurance aux dépens de Chevallier (photo Jean-Pierre Garel, Le Dauphiné Libéré - lien en cliquant sur le titre de l'article)
Ce week-end, c'était direction les Alpes avec le tour du Chablais au menu (deux étapes, samedi et dimanche). Pour vous situer, ça se trouve aux alentours d'Evian et de Thonon. C'est une région que je connais bien pour y venir tous les ans en vacances depuis que je suis né. D'ailleurs, j'avais décidé de « descendre » plus tôt (le mercredi) afin de voir des amis aux Gets et profiter de la beauté des paysages. C'était un dépaysement total, le contraste avec l'agitation citadine parisienne étant saisissant. C'est sûr que le coin est plutôt calme à cette époque de l'année, mais un peu de repos dans un coin aussi accueillant ne pouvait pas me faire de mal. De plus, le beau temps était présent jeudi et vendredi et me permettait de repérer quelques passages de la course qui m'attendait. Il y avait surtout un petit col de 7km que je n'avais jamais emprunté et qui affichait deux chevrons sur la carte. Je n'étais donc pas surpris de devoir utiliser le 39x23, mais je me disais aussi que ce col du Grand Taillet allait faire quelques dégâts deux jours plus tard.
Après avoir retrouvé mes équipiers au départ de la première étape, le départ était lancé sous des trombes d'eau. Vu le ciel bien « bouché », ce mauvais temps allait durer toute la course. Comme j'adore les descentes sous la pluie, cette situation n'était pas trop pour me désavantager. Le départ était rapide et JC Péraud se glissait dans une échappée. À la faveur d'une descente, je partais en contre et effectuais la jonction en compagnie d'un petit groupe. Après vingt-cinq kilomètres de course, nous étions une vingtaine à ouvrir la route et deux du Lapierre. Le club d'Aix-en-Provence étant piégé, l'écart avec le peloton avait du mal grandir, et la remontée entre Thonon et Morzine se déroulait à un rythme soutenu. La jonction s'effectuait à Saint Jean d'Aulp et j'en profitais pour m'alimenter et récupérer un peu. Connaissant bien Morzine et sachant que nous repartions sur une portion descendante, j'attaquais dans les rues sinueuses du centre (inutile de vous rappeler qu'il pleuvait toujours !) et emmenais avec moi huit autres coureurs. Ma volonté d'échappée à ce moment de la course n'était pas anodine. Premièrement, ça me permettait de me réchauffer dans la descente, mais ça me donnait surtout l'avantage d'attaquer la principale difficulté du jour, le fameux col du Grand Taillet, avec une avance non négligeable. J'attaquais le pied du col en tête, mais les jambes dures, je me voyais forcé de laisser partir quatre coureurs dans le passage le plus raide. Je prenais mon rythme et, avec une minute au pied, j'espérais ne pas voir revenir trop vite les costauds afin de basculer avec eux au sommet. Notre vététiste volant, JC Péraud, me passait comme une balle à trois kilomètres du sommet et basculait avec les échappées, alors que je passais la ligne du grimpeur en compagnie du groupe éparpillé des costauds. Après une descente prudente, un groupe d'une trentaine d'unités s'était reformé derrière les fuyards. Avec JC à l'avant, moi, Jérémy et le jeune Thomas Brigaud dans le groupe principal, nous étions en position favorable. Seulement, après avoir beaucoup donné depuis le départ et avec une fin de parcours casse-pattes, je me prenais un méchant coup de bambou à 25 kilomètres de l'arrivée jugée à Evian. Huit minutes (34e) en 25 bornes ! Si ça ce n'est pas une défaillance... Heureusement, les gaillards de l'équipe assuraient et c'est à JC que revenaient les honneurs de la victoire. Il réglait au sprint Jérôme Chevallier, un autre vététiste, alors que Jérémy (7e) et Thomas (28e) arrivaient à une minute au sein du groupe de contre. David Burgy, revenant de maladie et ayant mal digéré le Grant Taillet, arrivait au sein du gruppetto, alors que le pauvre Martial Locatelli était contraint à l'abandon, victime d'une erreur de parcours.
Le lendemain, le retour du soleil sur la Haute-Savoie donnait le moral et allait permettre aux organismes de « récupérer » de la journée pluvieuse de la veille. Des conditions idéales pour une belle journée de cyclisme. Seulement, avec un parcours encore sélectif et des écarts peu conséquents avec ses adversaires directs (et surtout Chevallier dans le même temps), JC allait devoir jouer serré pour enlever ce tour du Chablais. Peu habitué à la tactique de course de la route, notre vététiste nous demandait conseil sur la conduite à tenir. Nous le rassurions sur notre total dévouement et le mettions surtout en garde de ne pas paniquer. Dans ce genre de situation, le doute est présent, mais il faut, pour le leader, se reposer au maximum sur ses équipiers en les gardant le plus longtemps possible à ses côtés. Sa première intention, faire tout péter dès le premier col, au bout de 35 kilomètres, n'était donc pas la mieux adaptée... !
Les offensives se succédant, les 25 premiers kilomètres, plats, étaient couverts à une allure soutenue. Lors de ce début de course, avant d'attaquer la première difficulté, le col de Saxel, j'étais chargé, en compagnie de David, de tenter de faire « régner l'ordre » dans ce peloton en désamorçant les tentatives d'échappée. Jérémy et Thomas devaient rester en embuscade en se glissant dans les échappées plus dangereuses, alors que JC n'avait qu'à s'occuper de Chevallier. Enfin... Normalement. JC était un peu nerveux et sautait un peu sur tout ce qui bougeait. Mais connaissant ses capacités de grimpeurs, je savais qu'il lui tardait que la route s'élève. Nous arrivions au col de Saxel et je me portais en tête de peloton afin d'imprimer un bon rythme pour éviter toute tentative de velléités. Seulement, il faut croire que mon tempo n'étais pas assez rapide vu les attaques qui commençaient à fuser. Jérémy prenait le relais afin de mettre un peu d'ordre en plaçant quelques contres pour saper au bluff le moral des attaquants. Alors que mon but était de basculer avec eux pour soutenir JC le plus loin possible. Le col était plutôt roulant, rien à voir avec le Grand Taillet de la veille, ce qui m'est plus avantageux. Je basculais en bonne position et me plaçais en tête de peloton afin de montrer que notre leader pouvait compter sur des équipiers. Ressentant de bonnes sensations, ma position à l'avant n'allait pas beaucoup changer par la suite, me retrouvant même dans une échappée dans le col suivant, le col de Terramon. Quelques coureurs étant sortis à la faveur de la descente, les leaders se regardant, et ne voyant personne vouloir suivre mon tempo, je rejoignais les fugueurs. Nous n'avions plus le poids de la course à l'arrière, c'étais toujours ça de gagner sur quelques kilomètres. Notre échappée étant repris à 1,5 kilomètres du sommet, je montais alors la fin de l'ascension sur un bon tempo afin de ne pas s'exposer à de nouvelles attaques des hommes dangereux. Une longue portion descendante et plate faisant suite, je laissais filer quatre hommes peu dangereux avec un léger tempo, ce qui me permettait d'attendre le renfort de David qui avait lâché prise un instant. À deux, la tâche serait moins usante, Jérémy restant en réserve pour la dernière difficulté du jour. En effet, nous étions parti pour une quarantaine de bornes de tempo à deux, l'écart avec les échappées ne dépassant jamais une minute et vingt secondes. L'homme le plus dangereux à l'avant avait une minute et vingt-neuf secondes de retard au général, nous avions donc le temps de voir venir. Un peu avant la dernière ascension, un coureur du CC Etupes, l'équipe de Chevallier, second au général, venait nous aider à réduire l'écart à une trentaine de seconde. Et c'est à ce moment, alors que la route s'élevait de plus en plus, que les attaques commençaient à fuser. Et là, c'était le drame ! non, je rigole. Les prétendants à la victoire finale harcelaient notre maillot jaune, mais c'était sans compter sur le gros travail de Jérémy qui contrôlait les attaques et épaulait à merveille JC, si ce n'était pas lui en personne qui réprimandait ses adversaires directs. Pour ma part, j'avais la chance que la montée soit roulante et de connaître le coin. Je savais donc que je n'avais plus que quelques kilomètres à serrer les dents avant de basculer vers l'arrivée, le dernier grimpeur étant jugé à une quinzaine de kilomètres de l'arrivée. J'arrivais à rester au contact des meilleurs qui n'avaient pu faire le break. Nous n'étions plus que trois de l'équipe dans ce qui restait du peloton, JC, moi et Jérémy. David ayant sauté dans le dernier grimpeur après avoir largement fait sa part de travail (encore merci pour le boulot David !), alors que le pauvre Thomas, dans un jour sans, allait avoir le mérite de terminer l'épreuve après avoir sauté loin de l'arrivée. Ne te décourage pas Thomas, ça paiera un jour. Il a un gros potentiel, mais a la sagesse de poursuivre ses études. Si seulement il avait plus de temps pour s'entraîner (une à deux fois par semaine seulement !)... Vous verrez, ce petit grimpeur est un futur JC Péraud en puissance !
Revenons à la fin de course tout de même... Suspense, suspense ! Notre présence rassurait JC, mais le dénouement de la course était entre ses mains. Enfin, dans ses jambes ! Alors que Jérémy échouait d'un rien pour la gagne face à Benoît Luminet après s'êtres extraits dans un dernier « coup de cul » à la borne, JC assurait comme un chef en devançant Chevallier à la 10e place, alors que je franchissais la ligne un peu plus loin dans le groupe.
L'essentiel était assuré et j'étais heureux d'avoir pu apporter ma pierre à l'édifice. Après avoir galéré en fin de première étape, j'avais bien récupéré pour le dimanche afin d'aider JC au maximum. Plus que je ne pensais d'ailleurs. Mais nous avons un secret... JC nous a payé une crêpe le samedi soir pour fêter sa victoire. La crêpe chocolat banane, il n'y a que ça de vrai ! (merci encore JC) Avec de bonnes sensations et un bon moral, j'ai vraiment pris plaisir sur le vélo à défendre le maillot. Pour un coureur comme JC, je l'ai vraiment fait sans arrière-pensée. Malgré son statut qui le place dans les trois meilleurs vététistes français, sans parler de ses formidables qualités de grimpeurs, il sait rester abordable. C'est tout simplement un gars bien.
C'est toujours bon pour la confiance d'engranger de bons résultats, c'est de bon augure pour l'équipe dans la perspective du tour de Franche-Comté qui commence jeudi.